lundi 9 novembre 2009

Le Petit Célinien n°25

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Le Petit Célinien n°25 - Semaine du 9 novembre 2009.

Au sommaire:
- Céline, la peinture et les peintres (I)
- Céline en 1950
- Céline interviewé par des élèves de l'ESSEC (II)
- Lectures

samedi 7 novembre 2009

Conférence Céline - Queneau

Le samedi 21 novembre, dans le cadre d'une « Journée de recherche sur Raymond Queneau » organisée par l'Université du Havre, Henri Godard, professeur émérite de l'Université Paris IV Sorbonne et directeur de l'édition critique des romans de Queneau et Céline dans la collection « La Pléiade », prononcera une conférence sur Céline et Queneau.
Cette journée est organisée en lien avec les manifestations ayant lieu au Havre à l'occasion des 50 ans de Zazie dans le métro.

Horaires et déroulement de la journée à consulter ici.

vendredi 6 novembre 2009

Céline, lettres de la haine ?

Le Point.fr, 5/11/2009 : Comment un jeune Français patriote est-il devenu un fou furieux de la dénonciation ? Réponse dans la Pléiade.

La Pléiade nous offre plus de mille cinq cents pages de lettres de Céline, dont un grand nombre inédites. Cet événement est capital à plusieurs titres. D'abord sur le plan littéraire. On constate que l'épistolier est aussi saisissant, énorme, inventif, farouche que l'écrivain qu'on connaît. Il n'a pas deux écritures ni deux encres. Il s'adresse à ses amis, à ses maîtresses, à ses éditeurs, à ses avocats, aux journaux de gauche ou de droite, aux écrivains célèbres ou à de parfaits inconnus avec la même frénésie de ton, le même rictus désespéré, le même bagou convulsif, la même gouaille hallucinée que dans ses romans... La surprise vient de ce que l'écrivain éclot soudainement. Car rien de commun entre les lettres appliquées et gentillettes du jeune homme engagé à 18 ans dans la cavalerie à Rambouillet, fils prévenant, militaire discipliné, patriote impeccable, et celles du forcené cynique qu'il devient soudain. Que s'est-il donc passé pour passer d'un Céline à l'autre ? Comment expliquer cette rupture ? Simplement l'expérience de la guerre en cette journée du 27 octobre 1914, quand Céline voit son bras droit réduit en bouillie sur le front. La mort voltige partout, pas à crédit, mais au comptant ce matin-là. Puis on voit vers la fin des années 30 que l'auteur de « Voyage au bout de la nuit » multiplie les points d'exclamation et les points de suspension dans des phrases désarticulées qui, métaphoriquement, dévastent le français classique comme si les fusées et obus et mortiers de la guerre moderne s'étaient abattus sur la langue et la belle prose académique. Céline, donc, fait rayonner la « vacherie humaine » avec sa langue à lui.

L'autre découverte de ce volume, c'est la naissance politique du vagabond acariâtre, du furieux, du prophète et de l'observateur philosophe, qui ne « digère » ni la boucherie de la guerre, ni les planqués de l'arrière, ni la chiennerie humaine, ni la misère sociale et qui, dans l'expérience coloniale, va construire son racisme. L'écrivain se forme dans les souffrances physiques, dans la solitude totale de la jungle du Cameroun. On mesure alors son paradoxe : pacifiste, il part en guerre contre le monde tel qu'il est. Il mène sa croisade de petit homme blanc humilié, qui le conduira au fabuleux « Voyage au bout de la nuit », puis l'égarera dans l'obscénité antisémite.

Vers 1936, 1937, il prend la plume du pamphlétaire. Pénible à dire, mais on mesure à quel point c'est l'antisémite Céline qui permet à l'écrivain de trouver son style : oral, et d'invectives. « Bagatelles pour un massacre » (décembre 1937) et « L'école des cadavres » (novembre 1938) inaugurent ce ricanement sur fond d'apocalypse. Ce qu'il appellera plus tard le « train émotif » , mélange de colère, de rigolade, de désespérance faraude. C'est avec la défaite de juin 40 que le convulsif antisémite crée ce style d'une violence inouïe.

On connaissait déjà de nombreuses lettres rédigées sous l'Occupation, leur contenu ignoble. Cependant, leur accumulation fait l'effet d'un cauchemar. Pour obtenir, par exemple, le poste de médecin du dispensaire de Bezons, Céline n'hésite pas à écrire au directeur de la Santé à Paris, le docteur Cadvelle. Il lui signale que le poste est occupé par un « nègre haïtien » , un « nègre étranger ». Il invite donc Cadvelle à le renvoyer en Haïti pour se conformer « aux lois nouvelles en vigueur ». Nous sommes -retenez la date - le 5 novembre 1940. Il ajoute une allusion à la fin de cette lettre du 5 novembre aux « juifs et maçons médecins ». Le dénonciateur pointe.

Ses correspondants, sous l'Occupation, sont Lucien Combelle, l'écrivain d'extrême droite Alphonse de Châteaubriant (à qui il avoue son projet de créer un corps sanitaire français en faveur de la LVF). Il s'adresse aussi à Fernand de Brinon, d'un ton obséquieux. Il suggère au délégué général du gouvernement français pour les territoires occupés d'augmenter la traque des juifs, des francs-maçons et des bolcheviques.

Ajoutons une terrible lettre sur Robert Desnos, datée du 7 mars 1941. Bref : dénigrements, appels au meurtre, élucubrations raciales, insinuations - un désastre ! Se pose alors une question douloureuse : ce Céline-là reprend à son compte tout ce que les torchons pétainistes serinent à la population. Ce pathologique coïncide avec l'époque.

Il est en fait l'écho, la caisse de résonance, le tambour de toute une moisissure idéologique d'époque. La fresque du dégoût se déploie tout particulièrement après la rupture de Céline avec la danseuse américaine Elizabeth Craig, à qui le « Voyage » est dédicacé.

La période d'après guerre apporte moins de révélations. On la connaît mieux grâce aux multiples travaux de biographes, et de céliniens, d'Yves Gibaud à Philippe Alméras, de Jean-Paul Louis à David Alliot. Les « Cahiers de La NRF », les étonnantes lettres à sa secrétaire, Marie Canavaggia, ainsi que la correspondance avec l'écrivain Albert Paraz furent en leur temps sérieusement présentés et commentés. On était également au courant des soigneuses stratégies de Céline afin de se faire passer pour victime... On savait, grâce aux travaux d'Alliot, comment Céline avait été arrêté et emprisonné à Copenhague, le 17 décembre 1945, comment il a été condamné le 21 février 1950 par la cour de justice française et surtout dans quelles circonstances rocambolesques l'avocat Tixier-Vignancour a obtenu l'amnistie de son client, faisant passer le dossier Céline sous le nom beaucoup moins connu du simple docteur Destouches.

Avouons qu'après ce « Pléiade » on va être désormais tenté de donner à la composante pathologique et au délire paranoïaque une place prépondérante dans cette oeuvre. On va lire autrement Céline, lui qui prédisait dans « Guignol's Band » : « Mettez-vous à ma place... je voudrais pas qu'on vous raconte les choses tout de travers plus tard quand il n'y aura plus un seul témoin... personne de vivant... que ça ne sera plus que des ragots... des contes de bonnes femmes. Des déchets de sous-biaiseries saloperies. Ah ! qu'on se régalera sur ma tronche !... »

Hélas, désormais on ne se régale plus sur « sa tronche » ! Car, loin d'être un fanatique isolé, il chante le refrain d'une abjection historique partagée par tant d'autres Français de son époque. Il fait partie d'un crime d'époque.

Jacques-Pierre Amette

« Lettres » de Céline, édition établie par Henri Godard et Jean-Paul Louis (Gallimard, 2 034 pages, à paraître le 13 novembre).

« Devenir Céline, lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres, 1912-1919 » (Gallimard, 206 pages, 16,50 €).

jeudi 5 novembre 2009

Devenir Céline : Lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres, 1912-1919

Sortie chez Gallimard de lettres inédites de Louis-Ferdinand Céline. Ces lettres seront reprises dans le tome 5 de la Pléiade consacré à la correspondance de Céline dont la sortie est prévue à la fin de ce mois.

Présentation de l'éditeur
En 1912, Louis Destouches, dix-huit ans, s’engage dans la cavalerie. En 1919, il s’apprête à commencer sa médecine. Entre ces deux dates, les cuirassiers, la guerre, une blessure, des hôpitaux, Londres, des femmes, l’Afrique, la découverte d’une double vocation littéraire et médicale, le retour en France et une tournée de propagande contre la tuberculose. Les lettres ici réunies retracent cette sinueuse trajectoire. Conservées par sa mère puis par son oncle, elles furent remises à Céline à son retour d’exil, en 1951, et restèrent inédites. Beaucoup sont de lui. D’autres lui sont adressées. D’autres encore sont écrites à son sujet. Celles qu’il envoya d’Afrique complètent notre information sur son séjour au Cameroun. Celles qui évoquent l’engagé au 12e cuirassiers ou le soldat au combat comblent de véritables lacunes. Elles réservent en particulier des surprises aux lecteurs de Casse-pipe et de Voyage au bout de la nuit. Au-delà de la multiplicité des auteurs, des formes et des intentions, ces lettres constituent donc d’irremplaçables documents : elles nous aident à comprendre comment Louis Destouches put devenir Céline.

Devenir Céline, Lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres, 1912-1919, Gallimard, 2009, 216 p.

lundi 2 novembre 2009

Le Petit Célinien n°24

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Le Petit Célinien n°24 - Semaine du 2 novembre 2009.

Au sommaire:
- Entretiens avec Germaine Constans
- Notre vie est un voyage...
- Actualité célinienne
- Gâtisme et boniment...
- Céline interviewé par des élèves de l'ESSEC (I)
- Lectures

dimanche 1 novembre 2009

Un forum Louis-Ferdinand Céline

Voici l'adresse d'un forum entièrement consacré à Louis-Ferdinand Céline :

http://mouls-michel.fr/forum/

samedi 31 octobre 2009

Céline & Cie

>>> Les éditions Ecriture, qui viennent de rééditer les Lettres à Joseph Garcin et Céline de Philippe Sollers prévoient de publier quatre titres par an sur Louis-Ferdinand Céline dans la collection « Céline & Cie » dirigée par Emile Brami. En 2010 est déjà prévue la réédition des Idées politiques de Louis-Ferdinand Céline de Jacqueline Morand paru initialement en 1972, et dont vous trouverez quelques extraits dans les numéros 10, 11 et 12 du Petit Célinien.

>>> Signature : Philippe Sollers et Pierre Lainé, préfacier et découvreur des Lettres à Joseph Garcin de L. F. Céline dédicaceront leur texte le mardi 3 novembre à 19h à la librairie L’Ecume des pages, 174 boulevard Saint Germain, Paris 6e (M° Saint-Germain-des-Prés) Renseignements : 01 55 80 77 40.

Le Petit Célinien

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Consultez les anciens numéros.

vendredi 30 octobre 2009

Céline à l’I.N.A.

Les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel permettent une plongée immédiate dans le passé (1). Cela revêt aussi un intérêt pour les céliniens. Ainsi, pour quelques euros, on peut, après l’avoir téléchargé, réécouter à l’envi ce numéro du « Masque et la plume » (quasi) entièrement consacré à Céline à l’occasion de la parution de Rigodon (2). Heureux temps où toute une émission pouvait être vouée au grand maudit. Nous sommes en mars 1969. L’année a commencé en fanfare avec cette édition posthume du troisième volet de la trilogie allemande et avec la réédition de Guignol’s band en « Livre de poche », un numéro spécial du Magazine littéraire (le premier d’une série qui en comporte quatre à ce jour) et la publication des souvenirs de Henri Mahé, La Brinquebale avec Céline.

Animée par Michel Polac, cette émission radiophonique accueillait Alphonse Boudard, Jean-Louis Bory, Jean Guenot et François Nourissier, excusez du peu. Il faut dire d’abord l’émotion d’entendre ces voix qui, pour la majorité d’entre elles, se sont tues… Boudard est mort il y a déjà près de dix ans ; Bory préféra quitter ce monde en 1979 à l’âge de soixante ans et Nourissier se meurt dans un hôpital, vaincu à la fois par Parkinson et Alzheimer… Demeure heureusement parmi nous le cher Jean Guenot qui applique avec talent le précepte du Dr Besançon : « Ne pas dételer ». C’est entièrement seul, on le sait, qu’il écrit et imprime sa revue J’écris.

Dans cette émission, on assiste à un échange intéressant entre ces quatre écrivains dont au moins trois connaissaient bien l’œuvre dont ils avaient à parler. Guenot relate avec humour la première visite qu’il fit à Meudon en compagnie de Jacques d’Arribehaude et disserte savamment sur le thème « Céline, martyr et musicien » qui sera l’un des chapitres de son livre publié quatre ans plus tard (3). Bory évoque sa découverte de Céline avant-guerre alors qu’il était au lycée Henri IV : « J’y trouvais ce qui me passionne : une dénonciation violente de tout un ordre que j’exècre ». Boudard, lui, suscite de vives protestations lorsqu’il ne craint pas d’affirmer qu’il fallait une certaine audace pour rédiger Bagatelles en plein Front populaire. Et lorsqu’une personne dans le public évoque les appels du pied que le communiste Aragon fit à Céline dans les années trente, Nourissier s’insurge et affirme que seule une admiration désintéressée animait l’auteur d’Aurélien. Ce plaidoyer prend naturellement un certain relief lorsqu’on sait que, l’année précédente, Aragon démissionna du jury Goncourt après avoir échoué à faire attribuer le prix à Nourissier. Bien d’autres propos sont tenus sur Céline dans cette émission ; certains pertinents, d’autres moins. Mais ce qui frappe l’auditeur d’aujourd’hui, c’est la liberté de ton qui régnait alors sur les ondes et le fait que l’écrivain suscitait une admiration incontestée auprès des différents intervenants. Lorsqu’on sait que, deux mois plus tard, la deuxième chaîne de la télévision française diffusera, en deux parties, une grande émission consacrée à Céline, on mesure combien les choses ont changé (4).

Marc Laudelout
Le Bulletin célinien n°313, novembre 2009.



Notes
1. www.ina.fr (taper « Louis-Ferdinand Céline » dans le moteur de recherche figurant sur le site)
2. « Le Masque et la plume », 23 mars 1969. Émission animée par Michel Polac et François-Régis Bastide.
3. Jean Guenot, Louis-Ferdinand Céline damné par l’écriture, Chez l’auteur, 1984 (éd. revue et augmentée).
4. « D’un Céline l’autre », O.R.T.F., 2ème chaîne, 8 et 19 mai 1969. Cette émission est reprise dans le double DVD « Céline vivant », Éd. Montparnasse, coll. « Regards », 2007. Autre parallèle avec notre temps : le Conseil général des Hauts-de-Seine a commandé à une société de production des « portraits » de dix personnalités ayant vécu dans ce département, dont Céline. Ces documentaires seront diffusés sur TV5, France 5 et la chaîne Histoire. Las ! Gilles Bouchara, président de la Communauté juive des Hauts-de-Seine adjure le Conseil général de renoncer à l’émission consacrée à Céline et, via la revue Actualité juive, invite tous ses coreligionnaires à protester auprès de Patrick Devedjian qui préside le Conseil général des Hauts-de-Seine. Affaire à suivre...

Le Bulletin célinien n°313

Sortie du Bulletin célinien n°313, novembre 2009 :

Au sommaire :
- Marc Laudelout : Bloc-notes (Céline à l’I.N.A.)
- Jacques Francis Rolland : Roger Vailland l’affabulateur
- M. L. : « Céline & Cie » : une nouvelle collection célinienne
- Eugène Fabre : Justice rendue à Céline (décembre 1961)
- Frédéric Saenen : Incorrect (au sens premier du terme). « Une histoire politique de la littérature ».
- M. L. : Pol Vandromme (« Une famille d’écrivains »)
- M. L. : Le souvenir de Robert Denoël
- M. L. : Louis-Albert Zbinden
- Michel Bergouignan : L.-F. Céline contradictoire et passionné (II)
- François Marchetti : Mort d’un éditeur courageux (Kay Holkenfeldt)
- Céline sur Internet

Le numéro 6€



Le Bulletin célinien
B.P. 70
B 1000 Bruxelles 22

jeudi 29 octobre 2009

Bagatelles pour Céline - Books n°10 Novembre/Décembre 2009

Paru dans un respectable journal anglais, un plaidoyer pour l'écrivain français n'est pas passé inaperçu :

Pour Karl Orend, Céline était « le plus important écrivain français du XXe siècle ». Peut-être, surtout si l'on évacue Proust, comme il le fit : « Oh ! Proust, s'il n'avait pas été juif, personne n'en parlerait plus ! » (lettre à Jean Paulhan, 27 janvier 1949). Spécialiste du Paris des années 1930, lui-même parisien, Karl Orend a publié l'été dernier dans le Times Literary Supplement un article dithyrambique sur Céline, qui a fait couler un peu d'encre. L'occasion? La publication en anglais de trois de ses livres. D'abord La Vie et l'oeuvre de Semmelweis, ce médecin autrichien qui fut voué aux gémonies pour avoir préconisé l'asepsie (Céline reprenait là le sujet de sa thèse de médecine). Ensuite, Normance et Entretiens avec le professeur Y, publiés en 1954 et 1955 par Gallimard. Karl Orend ne se contente pas de rendre hommage au talent de l'écrivain, à la redoutable acuité de son regard, il prend sa défense morale. À l'en croire, ses trois livres maudits, Bagatelles pour un massacre (1937), L'École des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941), virulents pamphlets antisémites, ont été écrits « en forme d'avertissement, d'appel à éviter de nouveaux massacres ». Pour Orend la conviction de Céline, à la fin des années 1930, qu'une « conspiration juive était à l'arrière-plan du conflit se préparant avec l'Allemagne » était partagée par des millions de gens. Il cite Gide, qui vit dans Bagatelles pour un massacre un « exercice de style ». Le départ forcé de l'écrivain pour l'Allemagne et le Danemark, en 1945, aurait été le résultat d'un lynchage médiatique, couronné par l'assassinat de son éditeur, Robert Denoël, en décembre de la même année. « Le côté humain de Céline est ignoré, écrit Orend. Il s'occupait des pauvres et des malades. Il se dévouait pour ceux qui étaient loyaux avec lui. La musique et la danse étaient sa passion. » Féerie pour une autre fois, dont Normance est le second volume, est dédié aux « animaux, aux malades et aux prisonniers ». Dans un brouillon de cette oeuvre, on voit Céline masser la patte gelée de son chat Bébert et le cacher sous sa veste pour le protéger contre les civils affamés.

Ce plaidoyer n'a pas convaincu Ramona Fotiade, de l'université de Glasgow, qui rappelle au passage la manière dont Céline avait traité le poète Robert Desnos dans les colonnes d'Aujourd'hui en mars 1941 : « Monsieur Desnos mène, il me semble, campagne philoyoutre [ ... ] Que ne publie-t-il, Monsieur Desnos, sa photo grandeur nature, face et profil à la fin de tous ses articles ? La nature signe toutes ses oeuvres, Desnos, cela ne veut rien dire. » Desnos mourut en camp de concentration. (1)

Ce genre d'argument n'est pas propre à ébranler Orend. Faisant valoir que sa mère était d'origine juive polonaise, il écrit dans un courrier ultérieur : « La raison pour laquelle Céline est honni est simple. Il nous rappelle les mensonges que les gens ont écrits pour dissimuler leur honte à avoir laissé se produire l'Holocauste, en particulier la honte des Français, coupables de collusion. » Il souligne que les trois pamphlets maudits, qui n'ont pas été réédités depuis la guerre, sont en accès libre sur le Web.

Louis-Ferdinand Céline, Normance, traduit en anglais par Marlou Jones, Dalkey Archive, 2009.

Books n°10 Novembre/Décembre 2009.
www.booksmag.fr



Notes
1- D comme diffamation : Décidément, les légendes ont la vie dure. Dans la dernière édition du Guide Michelin consacré à Prague, figure, au bas de la page 265, un petit encadré consacré à Robert Desnos qui mourut en déportation dans le ghetto de Terezin, ville à 65 km au nord de Prague : " Résistant, il publia sous un pseudonyme des articles antinazis dont Louis-Ferdinand Céline le désigna pour auteur. Arrêté et déporté à Buchenwald, il fut transféré au ghetto de Terezin où il mourut. "

La vocation de ce Bulletin n’est pas de se faire l’avocat de Céline, mort en 1961 et dont le procès eut lieu dix ans auparavant. Mais le rétablissement des faits peut ne pas être vain, étant donné la large diffusion des Guides Michelin.

Rappelons donc ici que la polémique Desnos-Céline eut lieu en mars 1941 (voir Cahiers Céline 7, pp. 112-115). Aucun lien donc avec l’arrestation de Desnos qui se produisit en février 1944. Ajoutons que Céline ignorait les activités clandestines de l’auteur du Pamphlet contre Jérusalem. Et lorsque ce dernier le prend à partie, à la parution des Beaux draps, c’est dans... Aujourd’hui, journal collaborationniste auquel il donna des articles jusqu’en 1943.

Céline n’est donc en rien responsable de l’arrestation de Desnos, et ne l’a jamais dénoncé comme résistant. L’affirmer constitue une diffamation patentée. Contre Céline, tout serait-il permis ? Au moins, Marie-Claire Dumas, présidente de l’Association des Amis de Robert Desnos, reconnaît-elle que Céline n’est en rien à l’origine de cette arrestation.

Pour mieux connaître le fond de cette affaire, on se reportera à l’enquête de Jean-Paul Louis qui a montré de manière pertinente que " l’innocent Desnos et le monstrueux Céline sont deux fabrications aussi vaines l’une que l’autre ".

Marc Laudelout
Le Bulletin célinien n°236, novembre 2002.


Jean-Paul Louis, " Desnos et Céline, le pur et l’impur " in Histoires littéraires, n° 5, janvier-février-mars 2001, pp. [47]-60. Voir aussi Marie-Claire Dumas, " Droit de réponse. La "police littéraire" de M. Jean-Paul Louis " in Histoires littéraires, n° 6, avril-mai-juin 2001, pp. [56]-60.

mercredi 28 octobre 2009

Louis-Ferdinand Céline sur France-Culture

Extrait tiré de l’émission du samedi 28 juin 2008 “ça me dit l’après-midi”, passé de 15h00 à 17h00 sur France Culture. Emission présentée par Frédéric Mitterand, qui date l'interview de 1963. On rappelle que Céline est mort en 1961... Il s'agit en réalité de l'entretien avec Georges Conchon du 31 janvier 1958, repris dans les Cahiers Céline 2.




Vu sur http://polarsnumber6.wordpress.com

mardi 27 octobre 2009

Yann Moix veut adapter Voyage au bout de la nuit

Première.fr, 26/10/2009 : Yann Moix est décidément l’homme des projets gonflés. En promo pour son aussi original que (particulièrement) hasardeux Cinéman , l’écrivain-réalisateur annonce vouloir tirer un film du Voyage au bout de la nuit, le classique de Louis-Ferdinand Céline. Là où pas mal de cinéastes s’y sont cassés les dents, Moix voudrait retransposer le livre pendant les attentats 11 septembre, Bardamu y étant un employé d’une ONG aux bureaux situés dans le World Trade Center. Le metteur en scène de Podium comptant plus faire un film sur l’univers de Céline qu’une adaptation directe (« Son ayant droit me laisse un accès à toutes ses œuvres. Il y a dans D’un château l’autre , des dizaines de phrases qu’on peut appliquer à ce qui s’est passé le 11 septembre. Je n’ai qu’à les greffer sur les images »). En espérant que le résultat sera moins bancal que lorsque Moix « greffe » Quand t’es le désert, le tube de Capdevielle sur des images à la manière d’ Harold Lloyd dans Cinéman

lundi 26 octobre 2009

Le Petit Célinien n°23

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Le Petit Célinien n°23 - Semaine du 26 octobre 2009.

Au sommaire:
- Céline et ses "modèles" ?
- Louis-Ferdinand Céline au théâtre
- Dans le texte : Déluge et partouse
- Lettre de Céline à René Towarth (1938)
- Lectures

dimanche 25 octobre 2009

Céline chez Aristèle...

L'Express, 21/10/2009 : De l'Ancien Régime à la Ve République, un livre revisite les "dossiers roses" de la police des moeurs. Extrait :

Chaque matrone [de maison close] a son condé : une sorte de pacte passé avec la police. Elle fournit des renseignements de tous ordres contre une protection. Les rituels des habitués, les secrets d'alcôve des "maisons à passions", les spécialités de ces dames foisonnent dans les "carnets d'amour" tenus par les filles, dans les cahiers des maisons tenues par les sous-maîtresses, mais aussi dans les rapports de surveillance et dans les enquêtes dites délicates effectuées par la Brigade mondaine, à la demande du préfet de police ou du directeur de la police judiciaire. [...]. Chez Aristèle, 31, rue de la Chaussée-d'Antin, un petit cabinet indépendant meublé d'une chaise jouxtait chaque chambre et un petit oeilleton avait été installé afin de permettre aux voyeurs d'assister à de multiples ébats sexuels [...]. Le cabinet était loué le temps d'une passe. Le prix d'une séance de voyeurisme était celui de la chambre. Les cabinets étaient disposés si astucieusement qu'on ne pouvait y accéder que par l'immeuble d'à côté, dont le mur avait été percé d'oeilletons. Lors d'une descente de la Mondaine, le propriétaire, un ancien gendarme révoqué pour malversation, déclara : "J'ai de gros frais, il faut bien que je rentabilise..." C'est dans ce lieu que Louis-Ferdinand Céline venait, derrière une vitre sans tain, assister aux coquineries de son amie Elizabeth Graig, à qui il a dédié, en 1932, son roman Voyage au bout de la nuit.

Au Chabanais, 12, rue Chabanais, un ministre des Affaires étrangères fréquentait assidûment la maison close. Il se mettait nu et se laissait passer un collier à pointes autour du cou. A quatre pattes, promené en laisse, il présentait son postérieur devant une ronde de filles nues qui lui assénaient chacune des coups de fouet, chaque fois qu'il passait devant elles. Ce collier est conservé précieusement dans le musée de la Mondaine. La presse royaliste se fit un plaisir de surnommer et de caricaturer le ministre qui aimait faire le chien "Barthoutou". M. Louis Barthou n'arrêta pas pour autant son cabotinage...

V. Willemin, La Mondaine, Histoire et archives de la Police des Moeurs, Ed. Hoebeke, 2009.

samedi 24 octobre 2009

Louis-Ferdinand Céline : "Ma conclusion désabusée..."

Ce qui se vend, c'est ce qui est très populaire, c'est la mercière qui vend du livre, les livraisons Vierge et Rousse, Satyre et Malfaisant. Delly : cent soixante mille exemplaires par an. Du boulot, des exercices... Le monde est trop occupé, avant par les Eglises, maintenant par la politique. Ce pays perd de la force, du rayonnement. Après 14-18 prestige de la victoire... maintenant... rien du tout. On se détourne de l'effort. Prestige des Lettres, des Sciences, des Arts... ça n'existe pas. Il n'y a que le prestige de la guerre qu'on vient de gagner et celui de celle qu'on espère que vous aller gagner. Ce qui compte c'est la force. Ma conclusion désabusée... il faut une refonte complète de la moralité des gens. Un coup de Savonarole. Mois je fais ce que je peux pour survivre... j'ai fait la folie de m'élever contre la guerre. Nom de Dieu, qu'on m'en a voulu ! Et qu'on m'en veut encore ! C'est une folie... jeunesse persistante.

Louis-Ferdinand Céline interviewé par des étudiants de l'ESSEC en juin 1958.
Texte publié la première fois dans le Figaro Magazine du 5 Octobre 1985.
Merci à Mr C. pour la communication de ce texte.

mercredi 21 octobre 2009

L'art de Céline...

L'art de Céline est incontestablement robuste et fort. Il est pourtant tissé de finesse et de légèreté, voire de préciosité... Traits qui se retrouvent souvent dans sa conversation. Les tirades les plus violentes ou les plus féroces sont parsemées d'incidentes transparentes, frivoles, tout en dentelles... Il s'exprime alors en douceur et précise... « Je suis expert en ceci... » Après avoir annoncé l'apocalypse à tous les étages, il fredonne ironiquement des airs d'opérette... « Les cloches de Corneville »... « Voyez ceci... voyez cela... Comment trouvez-vous tout ça ? »

Pierre Monnier, Ferdinand Furieux, Ed L'âge d'homme, 1979.
Photo : Pierre Monnier

mardi 20 octobre 2009

Louis-Ferdinand Céline par José Corréa

lundi 19 octobre 2009

Le Petit Célinien n°22

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Le Petit Célinien n°22 - Semaine du 19 octobre 2009.

Au sommaire :
- Céline, loin des Lumières (II)
- Céline par José Corréa
- Céline dans le texte : "Du paumé de souche"
- Céline et le tourisme camerounais
- Céline en téléchargement
- Lectures

samedi 17 octobre 2009

"Qu'importe ces mensonges puisqu'il nous a donné Mort à crédit"

"Après tout, qu'il dépeigne sa gêne sous les couleurs de la misère la plus totale et qu'il dissimule certains détails aussi maladroitement qu'un enfant naïf, qu'importe ces mensonges puisqu'il nous a donné Mort à crédit."

Arletty à propos de Louis-Ferdinand Céline, cité par P. Monnier dans Ferdinand Furieux.
Photo : Céline et Arletty à Meudon en 1958.

jeudi 15 octobre 2009

Louis-Ferdinand Céline aux courses par Christophe Donner

Cheval.blog.lemonde.fr, 12/10/2009 : Depuis hier soir, ma femme s’est prise de passion pour Louis-Ferdinand Céline. Je lui avais pourtant recommandé Mort à Crédit, il y a quelques années, mais ça n’avait pas pris. Et là, sans crier gare, hier soir, la voilà ti pas qu’elle s’installe au lit avec mon Pléiade. « Voyage au bout de la nuit » l’enchante. Et page 55, comme de juste, elle s’écrie : « Oh, il parle des courses ». Je fais le malin, l’air de dire, bien sûr que Céline parle des courses, tous les écrivains un peu déniaisés parlent des courses. Comme si je connaissais le passage par cœur…

Mais à la relecture, je me rends compte de l’importance des courses dans l’œuvre et dans la vie de Céline. Comme cela apparaît dans l’extrait suivant, c’est bien à Longchamp, pendant la guerre, et grâce aux courses que Céline a séduit Lola, la jeune infirmière américaine…

« Nous allâmes ce jour-là vers le champ de courses. On rencontrait encore dans ces parages des fiacres nombreux et des enfants sur des ânes, et d’autres enfants à faire de la poussière et des autos bondés de permissionnaires qui n’arrêtaient pas de chercher en vitesse des femmes vacantes par de petites allées, entre deux trains, soulevant plus de poussière encore, pressés d’aller dîner et de faire l’amour, agités et visqueux, aux aguets, tracassés par l’heure implacable et le désir de vie. Ils en transpiraient de passion et de chaleur aussi. Le Bois était moins bien tenu qu’à l’habitude, négligé, administrativement en suspens.
« Cet endroit devait être bien joli avant la guerre, remarquait Lola. Elégant ? … Racontez-moi, Ferdinand ! Les courses ici ? … Etait-ce comme chez nous à New York ? …
»

A vrai dire, je n’y étais jamais allé, moi, aux courses, avant la guerre, mais j’inventais instantanément pour la distraire cent détails colorés sur le sujet, à l’aide des récits qu’on m’en avait faits, à droite et à gauche.Les robes… les élégantes… Les coupés étincelants… le départ… Les trompes allègres, et volontaires… le saut de la rivière, Le Président de la République… La fièvre ondulante des enjeux, etc.

Elle lui plut si fort ma description idéal que ce récit nous rapprocha. A partir de ce moment elle crut avoir découvert Lola que nous avions au moins un goût commun, chez moi bien dissimulé, celui des solennités mondaines. Elle m’en embrassa même spontanément d’émotion, ce qui lui arrivait rarement, je dois dire. Et puis la mélancolie des choses à la mode révolues la touchait. Chacun pleure à sa façon le temps qui passe. Lola c’était par les modes mortes qu’elle s’apercevait de la fuite des années.

« Ferdinand, demanda-t-elle, croyez-vous qu’il y en aura encore des courses dans ce champ-là ?
Quand la guerre sera finie, sans doute, Lola… Ce n’est pas certain, n’est-ce pas ? … Non, pas certain…
«Cette possibilité qu’il n’y eût plus jamais de courses à Longchamp la déconcertait. La tristesse du monde saisit des êtres comme elle peut, mais à les saisir elle semble parvenir presque toujours. »

On sait que Lola finira par le quitter, mais Céline aura eu cette expérience bien dans son caractère : raconter les courses sans y être allé, séduire sur un mensonge. Bel escroc.

mercredi 14 octobre 2009

La guerre du style avec Louis-Ferdinand Céline

A l'occasion de la sortie du recueil d'articles de Phillippe Sollers sur Louis-Ferdinand Céline :




Source

mardi 13 octobre 2009

Vient de paraître : Céline par Philippe Sollers

Présentation de l'éditeur
« Tout ce qui ne chante pas, pour moi, c'est de la merde. Qui ne danse pas fait l'aveu tout bas de quelque disgrâce ». L'auteur de Voyage au bout de la nuit, publié en 1932 et vainqueur du Prix Renaudot, a exposé l'absurdité du monde et sa folie dans cet ouvrage, et prôné l'unique mode de résistance envisageable selon lui : la lacheté.
Dans un avant-propos inédit, Sollers se situe par rapport à Céline. Son premier article paru dans L'Herne, date de 1963. Depuis, son admiration pour Louis-Ferdinand Céline n'a pas varié ; une telle constance est rare dans les milieux littéraires Tel Quel et L'Infini.
Dans ces articles, critiques, préfaces, Sollers souligne l'aspect comique des romans de Louis-Ferdinand Céline et adopte une position originale : pour Sollers, le meilleur Céline est celui de la trilogie allemande, c'est-à-dire la part la moins lue de son oeuvre.

Philippe Sollers, Céline, Ed. Ecriture, 2009.

Le Petit Célinien

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Vient de paraître : Lettres à Joseph Garcin

Présentation de l'éditeur
Céline rencontre Joseph Garcin avant la rédaction de Voyage au bout de la nuit (1932). Celui-ci lui fournit des informations sur la pègre qu'il fréquente et alimente ainsi la mythomanie de Céline, que le personnage d'affranchi fascine.
De septembre 1929 à octobre 1938, Céline a adressé à Joseph Garcin vingt-huit lettres qui constituent un apport précieux sur la genèse de l'oeuvre célinienne et de sa création romanesque.
Cette correspondance permet d'approcher l'alchimie du travail d'écriture et la genèse tant de l'écrivain lui-même que de son oeuvre majeure. Ce livre constitue une édition augmentée de lettres inédites de l'ouvrage éponyme paru en 1987 aux éditions Librairie Monnier.

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Joseph Garcin, Ed. Ecriture, 2009.

lundi 12 octobre 2009

Le Petit Célinien n°21

Le dernier numéro du Petit Célinien à télécharger :
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Le Petit Célinien n°21 - Semaine du 12 octobre 2009.

Au sommaire:
- Céline, loin des Lumières (I)
- Céline dans le texte : Au "Concours animal des filles"
- Le Père Céline, on lui doit tout par Michel Audiard
- A paraître : Lettres de Céline à Joseph Garcin
- Vient de paraître

samedi 10 octobre 2009

Céline : De Léningrad à Médan...

Pauldel.blog.lemonde.fr, 8/10/2009 : Dans la grande série les lettres inédites de Céline, je ne résiste pas au plaisir de citer cette carte postale de Leningrad, envoyée par L.F. Céline le 4 septembre 1936 à ses amis Gen Paul et à Jean Bonvilliers et qui en dit long sur sa manière de juger l’URSS :

Merde ! Si c’est ça l’avenir, il faut bien jouir de notre crasseuse solitude. Quelle horreur ! Mes pauvres amis ! La vie à Gonesse prend une espèce de charme en comparaison! Bien amicalement à vous deux.

La lettre à son ami Eugène Dabit rédigée le 5 octobre 1933 annonce aussi un thème souvent repris par Celine : la littérature devenue anachronique. Il l’expliquera longuement dans les Entretiens avec le professeur Y. N’oublions pas que le Céline qui écrit cette lettre à Dabit (auteur de Hôtel du nord est encore tout enduit de sa célébrité nouvelle et polémique. Un an auparavant, son premier roman Voyage au bout de la nuit en 1932 l‘a rendu célèbre, lui médecin de banlieue inconnu du public.. Ayant raté le Goncourt dont il était le favori, (mal) consolé par un prix Renaudot, mais acclamé par une partie de la critique et surtout, ayant eu une presse énorme, et immédiatement des contrats pour des traductions (Elsa triolet et Aragon ont proposé une version expurgée du livre aux soviétiques pour orienter le roman vers une seule analyse de la décomposition de la société bourgeoise française..) Voici donc l’extrait de la lettre à Dabit :

D’abord notre littérature mon vieux n’existe plus.C’est une archéologie. Dimanche pour faire plaisir à Descaves (Lucien Descaves, juré au prix Goncourt qui défendit ardemment Voyage) j’ai dû aller bavarder sur Zola à Médan. Ces occasions me sont toujours odieuses. Mais j’ai eu l’impression consolante-l’absolution que la littérature ne signifiait plus rien dans la vie d’aujourd’hui- La vie ne passe plus par elle. C’est une ancienne capitale-comme Dijon- abandonnée aux retraités à renvois... aux automobilistes de troisième main- aux chats amputés... la vie ne passe plus par là-la TSF le cinéma- détiennent ces friperies-C’est fini mon vieux-A nous la casquette des gardiens de musée... Je vous ai envoyé L’Eglise à Paris.

à bientôt mon vieux.

L. Destouches

Photo : Céline à Médan le 1er octobre 1933.

vendredi 9 octobre 2009

D. Alliot : Guide des librairies spécialisées Paris & Banlieue

Présentation de l'éditeur
Afrique, Architecture, Asie, Bande dessinée, Cinéma, Droit, Erotisme, Esotérisme, Homosexualité(e), Informatique, Japon, Jeunesse, Manga, Musique, Orientalisme, Pédagogie, Photographie, Politique, Québec, Religions, Roman policier, Russie, Spectacles, Surréalisme, Voyages... 130 thèmes pour 440 librairies spécialisées - neuf, ancien, ou d'occasion composent ce guide indispensable pour tous : Etudiants, chercheurs, universitaires - professionnels (librairies, éditeurs, journalistes, bibliothécaires) - expatriés, associations sans oublier les bibliophiles les plus exigeants et l'immense public des passionnés du livre.

David Alliot, Guide des librairies spécialisées Paris & Banlieue, Ed. Horay, 2009.

jeudi 8 octobre 2009

Luchini : Balade dans Manhattan, sur les traces de Louis-Ferdinand Céline.

Fabrice Luchini est à New York pour deux représentations de "Le point sur Robert", le spectacle qu’il joue en France depuis 3 ans, et qui a transformé la lecture publique en one-man show. Balade dans Manhattan, sur les traces de Louis-Ferdinand Céline.



L'article du French Morning consacré à F. Luchini à lire ici.

mercredi 7 octobre 2009

Ceux qui ne le savent pas sont des cons !...

"Céline est le plus gigantesque écrivain de tous les temps... Ceux qui ne le savent pas sont des cons !..."

Albert Paraz

mardi 6 octobre 2009

Fabrice Luchini joue "Le point sur Robert" pour sa 1ère visite à New York

TV5.org, 6/10/2009 : "New York, c'est une ville debout". L'acteur français Fabrice Luchini cite Louis-Ferdinand Céline pour décrire le "choc" de la découverte de la métropole américaine, où il se trouve pour la première fois de sa vie pour deux représentations de son spectacle "Le point sur Robert".

Après une tournée au Québec, Fabrice Luchini, 58 ans en novembre, jouera mercredi et jeudi soir à guichets fermés dans la salle du Florence Gould Hall à Manhattan ce "one man show" où des textes de Roland Barthes, Paul Valéry ou Chrétien de Troyes alternent avec des passages où Luchini se raconte avec humour et autodérision --le "Robert" du titre est son prénom de baptême.

"Il y a environ 50% d'écriture personnelle", souligne-t-il au cours d'une rencontre avec des journalistes au Fiaf -French Institute/Alliance Française-, qui présente cette première américaine.

L'acteur de théâtre et de cinéma n'est venu qu'une seule fois aux Etats-Unis, en 1992, avec le producteur Daniel Toscan du Plantier pour la promotion d'un film à Saratoga (Californie). "Mon passeport n'avait pas été tamponné à mon départ, alors hier le douanier pensait que j'avais vécu ici ces quinze dernières années", raconte-t-il.

Fabrice Luchini a tourné dans plus de 60 long-métrages, sous la direction de réalisateurs comme Philippe Labro, Eric Rohmer, Benoît Jacquot, Patrice Leconte ou Christian Vincent. "Paris", le film de Cédric Klapisch (2008) où on le voit notamment danser, est actuellement à l'affiche à New York. "La danse est une passion, et je danse dans le spectacle", dit-il.

Il défend avec ardeur sa passion pour la littérature, même lorsque les textes sont difficiles. "La liberté de La Fontaine est extraordinaire, c'est un miracle pour moi. Et quand on me dit: +Paul Valéry, on n'a pas tout compris+, je réponds +moi aussi je ne comprends pas tout+. Au Québec on rit mais à Paris ça ne passe pas", plaisante-t-il.

"C'est quand même extraordinaire de déclamer Chrétien de Troyes et Roland Barthes devant 2.000 personnes qui vous applaudissent", s'étonne-t-il, répétant à plusieurs reprises que "la France est un pays fermé par rapport à l'Amérique où on sent que tout est possible".

Il reconnaît toutefois l'immense succès qu'a eu "Le point sur Robert" en France, où "500.000 personnes l'ont vu. On peut appeler cela un spectacle populaire, même si Johnny Hallyday rassemblerait cette audience en un seul soir... C'est un spectacle qui n'est pas classable et qui rencontre le public", estime-t-il.

Il n'avait jamais vu New York parce qu'il avoue ne pas aimer l'avion et ne pas être un voyageur. "Je ne connais pas du tout les pays", dit-il.

Venu sur l'insistance de sa fille Emma, qui tourne un documentaire sur sa tournée, il se dit "sur les traces de Céline", et trouve les mots de l'auteur du "Voyage au bout de la nuit" pour décrire son choc.

"Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout (...) On en a donc rigolé comme des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur", déclame-t-il, récitant "l'arrivée à New York", un chapitre du "Voyage".

lundi 5 octobre 2009

Le Petit Célinien n°20

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Le Petit Célinien n°20 - Semaine du 5 octobre 2009.

Au sommaire:
- Ferdinand furieux par Pierre L.
- Céline par Eric Delaunay
- Céline dans le texte : "La kermesse des lutins"
- Céline dans Les Décombres de Lucien Rebatet
- Lectures

dimanche 4 octobre 2009

Quand Céline écrivait à Mauriac

La République des livres, 4/10/2009 :

Le 14 janvier 1933,

Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre. Que je vous exprime d’abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.


Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher ; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix. Pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.


Vous voyez combien je suis argileux et vulgaire !


Je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever, le reste je m’en fous, je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.


Bien sincèrement je vous prie,


Destouches Céline


Cette lettre poignante adressée à François Mauriac est extraite de “Fragments d’une correspondance inédite”, un ensemble que publie Henri Godard dans la livraison d’octobre 2009 de La Nouvelle Revue Française (285 pages, 18,50 euros). L’éditeur le présente comme un chevau-léger du volume de Lettres que la collection de la Pléiade publiera en novembre. Elle a été maintes fois partiellement citée par différents biographes. L’écrivain y est encore autant Destouches que Céline, et la signature fait sens. Il a n’a pas quarante ans et n’a publié que Voyage au bout de la nuit quelques mois avant ; son correspondant, de neuf ans son aîné, a déjà publié une quinzaine de livres et s’apprête à lancer Le Mystère Frontenac en librairie. Céline, qui lui avait adressé le service du Voyage, réagit à sa réaction.

Il est déjà bien là, dans sa musique propre ; les insultes, la haine, viendront bientôt, lorsqu’il aura enrôlé Mauriac dans son guignol. Ce qui lui fut d’autant plus facile que dès leur première rencontre, avant-guerre rue Lepic, il s’avoua horrifié par son physique prolongé par sa voix. En 1948, de sa prison danoise, Céline lui envoya une bordée : “Canaille par tartufferie… damné imbécile… enfant de coeur ( sic) pernicieux…

Pierre Assouline

Le Petit Célinien

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Filip, Lucette et François...

Paris Match, 24/09/2009 : «Effacer notre amour, sans se retourner, ne pas regretter...» Les paroles du célèbre tube viennent de changer de sens. Légères quand le boys band adulé des ados se déhanchait en rythme. Terribles depuis que Filip Nikolic a quitté ce monde, le 16 septembre. En 1996, trois beaux chanteurs sortent un album, «Partir un jour». Les jeunes filles en sont folles. Ils vendront 2 millions de disques, feront salle comble à Bercy. TF1 leur dédiera une série, tout aussi culte. Trois étoiles sont nées. Ou plutôt trois météorites. Car le soufflé retombe tout aussi rapidement. Heureusement, il y a Valérie, un amour qui ne va jamais s’effacer. Mais le succès a piégé Filip. Etiqueté beau gosse sans cervelle. Un seul rôle lui colle à la peau : ex-2 Be 3.

Comment annoncer à Lucette la mort de Filip ? Lucette a 97 ans. C’est la veuve de Louis-Ferdinand Céline. Le lien entre l’ancien chanteur de boys band et la veuve de l’auteur de «Voyage au bout de la nuit» ? François Gibault. L’avocat parisien les avait présentés. «J’ai emmené les 2 Be 3 à Meudon. Lucette donnait des cours de danse chez elle. C’était drôle de les voir échanger des pas. Elle nous avait cuisiné des pâtes après.» Depuis, Filip et Lucette se voyaient de temps en temps. François Gibault, homme sec et calme de 77 ans, répond aux dizaines de messages de condoléances, s’occupe des obsèques et se souvient de leurs dix-sept années de complicité. «Il m’a rendu ma jeunesse. Moi, je lui ai offert un bagage culturel. Je n’ai jamais connu de garçon aussi charismatique, aussi beau. Il possédait tous les talents. Il a fait tout ce qu’il a voulu.» Un jour, à 35 ans, Filip Nikolic ne s’est pas réveillé. Une boîte de somnifères traînait sur sa table de chevet. Rien d’autre.

Une histoire d'amitié
«Il allait bien et s’était remis au sport, assure François Gibault. On s’était parlé au téléphone la veille au soir, raconté notre journée. Rien d’anormal, bonne nuit et à demain.» Le lendemain, c’est lui qui prévenait Adel et Franck, les anciens 2 Be 3, du décès de leur copain. Une histoire de potes d’enfance se termine. Adel Kachermi, Franck Delhaye et Filip Nikolic s’étaient rencontrés au collège de Longjumeau, dans l’Essonne. Ils aimaient beaucoup le sport, la danse, le rap, la soul, le R’n’B et Michael Jackson. Des gamins d’origine modeste, pour qui Paris représentait une aventure. C’était le temps des répétitions de breakdance à la MJC de Longjumeau et de la resquille au gymnase de l’Aquaboulevard, où ils ont vu François Gibault pour la première fois. Ils ont 17, 18 ans. Gibault «tombe ami» avec Filip.

Il l’hébergera chez lui, lui fera réviser le bac, l’inscrira avec Adel aux Langues O. La période étudiante fut aussi brève qu’une chanson. «Franck et Filip ont participé à un concours de beauté produit par la société de Gérard Louvin. Moi, trop timide, j’étais resté dans le public», dit Adel. Ils se sont fait repérer. Au milieu des années 90, la tendance musicale est aux groupes de garçons fort bien mis de leur personne et sachant gesticuler sur scène sans s’encombrer d’instruments, tels les New Kids on The Block aux Etats-Unis. La voix est accessoire, le corps beaucoup moins. Il faut les mêmes en France. Gérard Louvin veut les produire. Les garçons refusent. Dépité, l’homme fort de TF1 fabriquera le boys band Alliage. Un chorégraphe orientera le trio vers le directeur artistique Laurent Manganas, qui les signera chez Emi. Les Pheno Men se rebaptisent 2 Be 3 en 1996, année de leur explosion. Suite...

Marc-Edouard Nabe, François Gibault, Filip Nikolic, etc... chez Begle :



samedi 3 octobre 2009

Céline raus !

M. Gilles Bouchara, "président de la Communauté" (juive) des Hauts-de-Seine est en émoi. Le Conseil général de ce département a en effet commandé à une société de production des "portraits" de dix personnalités ayant vécu dans les Hauts-de-Seine, documentaires qui seront diffusés sur TV5, France 5 et la chaîne Histoire. Or, parmi ces personnalités a été retenu Céline qui, "tout au long de sa carrière a vomi des abjections antisémites" et s'est "enfui à Sigmaringen dans les wagons de l'armée allemande". M. Bouchara adjure donc le Conseil général de renoncer à ce projet scélérat et, via Actualité juive, invite tous ses coreligionnaires à protester.
Président du Conseil, Patrick Devedjian s'inclinera-t-il ?

Rivarol n°2921 du 2/10/2009.

Céline : "Dieu, c'est un truc"

Pauledel.blog.lemonde.fr, 1/10/2009 : "Dans son numéro d’octobre la NRF publie 32 lettres absolument inédites de Céline qui se retrouveront dans le volume des “lettres”(choisies) en pléiade à paraitre le 13 novembre prochain. Parmi ces lettres, celle à Mauriac, écrite le 14 janvier 1933, pour répondre à la lettre du marsupial Mauriac qui avait félicité Céline, auteur inconnu de 39 ans, pour son Renaudot, ce premier roman Voyage au bout de la nuit, paru en octobre 1932, écrit, selon les termes de Céline, “en état de transes..”

Réponse de Céline, jeune écrivain, à Mauriac :

Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre.(..)
Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix.
pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi même et pour ne pas penser aux hommes,pour déserter ,en somme, superbement.

Voyez combien je suis argileux et vulgaire!

je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever,le reste je m’en fous., je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse,mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.

bien sincerement je vous prie,

Destouches Céline

Voici un extrait d’une autre lettre inédite. Elle est écrite par Céline en 1949. Il a été arrêté en 1945 par la police danoise. Il vit dans la propriété de Thorvald Mikkelsen, son avocat, très francophile, à Klarsskovgaar, à 60 kilomètres de Copenhague. Maison rouge brique à l’orée d’une foret de chênes et bouleaux. Juridiquement, il est en liberté sous condition de ne pas quitter le Danemark.

Voilà ce qu’il écrit à Jean Paulhan, chez Gallimard le 17 janvier 1949 :

ah cette nénéref (il s’agit de la revue NRF) elle m’agace comme les filles qui parlent toujours d’amour et n’ont jamais joui! qui donnent des cours d’amour! Enfin c’est un tic, mais toute la littérature en général qui m’horripile. je vois et lis toujours dans l’horripilant! Tous ces romans y compris Balzac me semblent toujours autant d’impostures(mot souligné)- que dire de Gide ou Proust!!. Ce sont pour moi des plans de roman, mais tout reste à faire, l’essentiel, le rendu émotif!Tous ces gens bavachent à 25 kil du nerf, persuadés qu’ils y sont! et le nerf c’est la vie. Ils pérorent, rhétorent, moralisent, maximent, mais de musique point l’once. La musique seule est un message direct au système nerveux. Le reste blabla.

Rappelons que Céline s’expliquera longuement dans les entretiens avec le professeur, en 1954, dans ce dialogue très drôle, où il expose son art d’écrire et il précise ce qu’il entend par “rendu émotif” tout en se moquant de tout ce que publie son éditeur Gallimard ; enfin il avait pour livres de chevet un volume pléiade sur les chroniqueurs du Moyen âge et les poésies de Ronsard. Il ne s’est jamais considéré comme un romancier. Ajoutons qu’en 1949, il est en train de rédiger ce livre capital et méconnu Guignol’s band."

vendredi 2 octobre 2009

Paul Yonnet sur France Culture

Paul Yonnet, auteur du Testament de Céline, est invité sur France Culture. Une série d'émissions à écouter ici.

L’œuvre de Paul Yonnet, sociologue, essayiste et écrivain, se situe au confluent de trois convictions.
1) L’analyse de l’expérience personnelle est le premier pas vers la connaissance de l’homme, des sociétés qu’il forme et de leur histoire. Certitude très tôt acquise, d’abord par la lecture fondamentale, à quinze ans, du Voyage au bout de la nuit de Céline, puis, déplacée dans le champ de la sociologie, lors de ses premières études des phénomènes du loisir. Ainsi a-t-il découvert, en étudiant « la France du tiercé », dont il était naturellement proche, à quel point les acteurs de base du phénomène possédaient une connaissance spontanée savante, et à quel point, à l’inverse, une sociologie de l’extériorité, traitant le social avec désinvolture, véhiculait de contresens et de préjugés (Jeux, modes et masses, 1986, et Travail, loisir. Temps libre et lien social, 1999). D’où le recours à la méthode de la « participation observante » - séparée des phases ultérieures de l’objectivation.

2) Passionné de démographie, d’histoire (de toutes les histoires), de droit, de psychologie, de philosophie, de littérature, d’anthropologie, mais aussi par les apports des sciences à l’explication des phénomènes sociaux, Paul Yonnet ne conçoit pas que la recherche ni l’élucidation puissent avoir lieu à l’intérieur d’une « discipline » seule, artificiellement recluse derrière les remparts qu’elle a (ou aurait) construits. Ardente obligation de l’interdisciplinarité.

3) La vérité gît dans les livres. Mais il est plusieurs chemins pour y accéder, et notamment la voie littéraire. Il s’ensuit quelques conséquences : il n’est de pensée qu’écrite ; la sociologie, comme la philosophie ou l’ethnologie, est aussi un style et un art littéraire (Raymond Aron, Claude Lefort, Claude Lévi-Strauss) ; l’analyse des œuvres de la littérature est un temps essentiel de la recherche ; nous pouvons entrer directement dans le cercle magique pour y côtoyer les écrivains (c’est Le Testament de Céline).

mercredi 30 septembre 2009

Le Bulletin célinien n°312

Sortie du Bulletin célinien n° 312, octobre 2009.

Au sommaire :
* Marc Laudelout : Bloc-notes
* Emmanuel Caloyanni : Ralph Soupault et Céline
* Serge Joncour & Camille Laurens : "Voyage" sur l'île déserte
* Omar Merzoug : Hommage à Philippe Bonnefis
* Alexandre Junod : Du "Voyage au bout de la nuit" à "End of the night"
* Roger Nimier : "Nord" de L.-F. Céline (1960)
* Michel Bergouignan : L.-F. Céline, contradictoire et passionné (I)


Un numéro de 24 pages, illustrations. Disponible contre un chèque de 6 € franco à l'ordre de M. Laudelout.

Le Bulletin célinien
B. P. 70

B 1000 Bruxelles 22

Le Bulletin célinien n°312 - Bloc-notes

Dans l’avant-dernier numéro, j’ai signalé la réédition des Lettres à Albert Paraz établie, présentée et annotée par Jean-Paul Louis. Commentant cette correspondance au micro de France-Culture, Cécile Guilbert attige lorsqu’elle précise d’entrée de jeu que cette nouvelle édition n’apporte pas grand-chose à la précédente ¹. Si elle fait uniquement référence aux lettres de Céline, soit. Encore que le texte, corrigé en beaucoup d’endroits, comporte plusieurs lettres supplémentaires (à Paraz mais aussi à d’autres correspondants). Mais cette édition vaut surtout par sa nouvelle préface (le double de pages que la précédente), par son annotation considérablement revue et augmentée et enfin par trois intéressants articles de Paraz (sur Céline) absents de la première édition.

Il me semble que cette correspondance est mieux appréciée par la critique qu’il y a trente ans. À gauche surtout, on est franchement dithyrambique : « La correspondance de Céline, celle-ci en particulier, relève de la grande écriture, rayon facture pas ordinaire. » (Le Nouvel Observateur) ; « Céline ne se départ jamais de son ambition (…) sur son territoire intime, celui de la parole écrite, du verbe haut, de la chaleur glaciale de la langue reconstruite, réinvestie, féeriquement réinventée. » (La Quinzaine littéraire) ; « C'est un régal d'humour ravageur dont il faudrait presque tout citer. Il ne s'agit pas de "bonheurs d'expression", mais d'un incessant tourniquet à trouvailles où les pépites éclatent en geysers, rafales musicales d'une langue en rut. » (Le Monde) ².

Céline fait vendre. Aussi a-t-il fait la couverture du Magazine des Livres cet été ³. Au sommaire : un long article biographique de David Alliot (« Les sept vies de Louis-Ferdinand Céline ») et un entretien de Joseph Vebret avec Philippe Sollers : « Je place Céline très haut. La campagne d’oblitération de Céline a échoué, et il est désormais d’autant plus au Panthéon qu’on voulait l’empêcher d’y entrer. (…) Il faut souligner à quel point Céline était un épistolier de génie. » Et de conclure : « Le moment est donc venu de relire Céline de fond en comble ».

Une nouvelle biographie « synthétique » de Céline est disponible. Elle est due à Yves Buin, psychiatre qui ne s’était jamais signalé auparavant comme célinien4. C’est aussi un amateur éclairé de jazz, ce qui lui permet d’apporter la contradiction à Philippe Alméras : « On ne peut retenir que la phrase de Voyage sur le jazz assimilé à une “musique négro-judéo-saxonne” soit antisémite. C’est oublier la proximité de la musique klezmorin avec le jazz New-Orleans, celui de Céline ».

Marc Laudelout


Notes
1. Émission « Jeux d’épreuves » de Joseph Macé-Scarron, France-Culture, 4 juillet 2009. Cette nouvelle édition des Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, a paru dans les « Cahiers de la NRF », 560 p.
2. Delfeil de Ton, « Bien envoyées », Le Nouvel Observateur, 22 juin 2009 ; Hugo Pradelle, « Les lettres de Céline à Albert Paraz », La Quinzaine littéraire, 1er-15 juillet 2009 ; Cécile Guilbert, « Céline, tempo d’enfer », Le Monde, 4 juin 2009.
3. Le Magazine des livres, juillet-août 2009. Titre en couverture : « Céline, un parfum de scandale. 60 ans après, le génie de l’écrivain à la lumière d’une drôle de vie ». Un recueil des textes de Philippe Sollers sur Céline est à paraître aux éditions Écriture dans la collection « Céline & Cie ».
4. Yves Buin, Céline, Gallimard, coll. « Folio biographies », 2009, 480 p. Le klezmer est une tradition musicale des Juifs ashkénazes.

Céline à Fontainebleau - Théâtre des Sablons - 4 et 5 décembre 2009

lundi 21 septembre 2009

Louis-Ferdinand Céline dans la Pléiade

Le volume de la Pléiade consacré à la correspondance de Louis-Ferdinand Céline sortira le 13 novembre.

Le Petit Célinien n°19

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Le Petit Célinien n°19 - Semaine du 21 septembre 2009.

Au sommaire:
- Céline à Londres (II)
- Les médailles militaires de LF Céline
- Léon Poliakov et le procès Céline
- "Dieu qu'ils étaient lourds" (Entretien avec A. Zbinden, 1957, extrait)
- Lectures

samedi 19 septembre 2009

Léon Poliakov et le procès Céline

Février 1950. La Cour de Justice de Paris s’apprête à juger Céline, alors exilé au Danemark. C’est le moment que choisit Léon Poliakov (1910-1997) pour signer dans Le Monde juif un article très sévère, « Le cas Louis-Ferdinand Céline et le cas Xavier Vallat » (qui, lui, avait déjà été jugé et condamné en 1947).

Cet article a été reproduit dans un recueil intitulé Sur les traces du crime ¹.
Deux éléments suscitèrent, de toute évidence, l’indignation de l’auteur. La première est la publication dans Combat (19 janvier 1950) de la préface de Milton Hindus à la traduction américaine de Mort à crédit, sous le titre (choisi par la rédaction) « Un Juif témoigne pour L.-F. Céline ». La seconde est la libération conditionnelle de Xavier Vallat qui avait alors été tout récemment accordée.
Poliakov avait-il vraiment lu les satires que Céline publia avant guerre ? On peut en douter puisqu’à la veille de ce procès, il ne craint pas d’écrire ceci : « À l’époque de l’apaisement et de Munich, Céline avait déversé des torrents de haine démente sur les Juifs dans des pamphlets dont les titres déjà (Bagatelles pour un massacre, L’École des cadavres), dans leur crescendo forcené, sollicitaient et préfiguraient à la fois le déroulement progressif de l’œuvre exterminatrice. »
Un demi-siècle après ce procès (où Céline fut déclaré en état d’indignité nationale), il ne s’agit évidemment pas de prendre la défense de l’écrivain mais de rétablir les faits, et de rappeler que ces affirmations sont dénuées de tout fondement. À celles-ci, on peut aujourd’hui en opposer d’autres, notamment celles de chercheurs peu suspects de complaisance envers Céline : « Pour la plupart des lecteurs de l’époque, comme pour ceux d’aujourd’hui, Bagatelles pour un massacre, est un appel au pogrom, à tuer des juifs. Or, une lecture même cursive de ces textes montre à l’évidence qu’il ne s’agit pas de cela ; le massacre en question est celui des Français dans la guerre à venir : conflit en vue duquel ces mêmes Français, futurs cadavres, sont endoctrinés, formatés, éduqués – bien entendu par les juifs, les francs-maçons, les politiciens, etc. » (Régis Tettamanzi, Esthétique de l’outrance. Idéologie et stylistique dans les pamphlets de L.-F. Céline, vol. 1, Éd. du Lérot, 1999, p. 26).

Le fait que le texte de Combat fût écrit par un coreligionnaire eut également pour effet de susciter le courroux de Léon Poliakov. Les expressions qu’il utilise pour le désigner (« auteur juif américain », « intellectuel juif »,…) montrent assez que les origines de l’auteur (de cette défense littéraire) constitue pour lui une circonstance aggravante. Pratiquant la technique de l’amalgame, Poliakov n’hésite pas à comparer Céline à… Julius Streicher ( !) — Nietzsche, Rosenberg, Bardèche, Amaudruz… sont également cités dans la foulée.
Tel quel, ce texte constitue un document intéressant qui n’est pas sans rappeler certaines analyses réductrices dont Céline fait toujours l’objet aujourd’hui.

Marc Laudelout

1. Léon Poliakov, Sur les traces du crime, Berg International, 2003, 232 p.

Ce texte a paru initialement en novembre 2003 dans Le Bulletin célinien.

Le Petit Célinien

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mercredi 16 septembre 2009

Le cri de Céline par Jean Lasserre

A l'instant des grandes catastrophes, à la veille des grands ravages ou des prodiges, alors que le peuple s'abandonne aux pressentiments de l'angoisse, se livre au désordre et bat comme une marée d'équinoxe les murs des prisons ou des cathédrales, des casernes, des mauvais lieux et des banques, des hommes soudains surgissent. Que va-t-il se passer? Ils ont jailli de la foule, de son flux et de son reflux, ils se dressent sur une borne, à un carrefour, dans l'obscurité terrifiée d'un moyen-âge, prédicateurs ou prophètes, martyrs parfois, et ils parlent.

Ils ne pourraient pas ne pas parler; ils expriment le sens de la rumeur fiévreuse, et incompréhensible jusque-là, qui monte de cette foule; une lucidité dévoratrice les anime, ils ne sont plus que le trou noir d'une bouche où retentit le plain-chant d'une vérité atroce et stricte.

Il fallait que ce qu'ils disent fût dit, et il fallait qu'ils fussent là pour le dire, sinon l'ordre des choses, même révolutionnaire ou bouleversé, sinon cet ordre ne serait ni complet ni juste. On croirait que le destin les a fait paraître pour que le peuple au milieu duquel ils se révèlent fût averti du péril, pour que lui fût offerte la dernière chance d'entendre la plaidoirie de sa sauvegarde, pour qu'on ne pût reprocher à la fatalité de s'être montrée féroce à son endroit, de l'avoir traité en ilote. On lui a donné une occasion d'avoir, peut-être, le dernier mot, et ces hommes l'en préviennent.

A tous les tournants de l'Histoire, nous les rencontrons, plus ou moins forts, plus ou moins habiles, parfois écoutés et compris, souvent méconnus; leur cri a toujours le même accent d'alerte.

Dans notre temps, M. Louis-Ferdinand Céline aura été ce cri.

Il fut ce cri dès son premier ouvrage. On peut penser que dès le Voyage au bout de la nuit c'était commettre une erreur que cantonner Céline dans la littérature, comme, plus tard, de l'annexer à la politique. Il était Céline, et Céline demeure un fait, non point un problème.

Quelle critique littéraire pourrait, en effet, revendiquer comme écrivain de son ressort un homme qui échappe aux lois de la grammaire? Ne nous occupons même pas de celles de la composition, mais de cette grammaire que le cher vieux Littré définit "l'art d'exprimer ses pensées par la parole ou l'écriture d'une manière conforme aux règles établies par le bon usage"... Quel souci pourrait donc en avoir Céline? Mais Céline est lui-même la preuve que la grammaire est touchée à mort!...

A la suite de ses autres ouvrages, on veut l'encadrer dans la politique. Mais il a dépassé depuis longtemps l'étape d'une époque où la politique est soumise elle-même aux grammaires des partis, chacun d'eux ayant bien la sienne, et moribonde. Céline ne relève d'aucune, d'aucun. Vouloir classer Céline dans une catégorie quelconque, c'est nier Céline. Il n'y a de problème Céline ou de "cas Céline" que pour ceux qui tenteraient de le ranger, sur les rayons de leur bibliothèque, parmi d'autres auteurs. A côté de Rabelais? Grand honneur, sans doute, mais, à part des apparences de verve, quels autres rapports? L'action de Céline est autre part et je crois qu'on ne peut lui donner sa place que dans l'ordre chronologique. Céline, en effet, restera comme une sorte de phénomène produit par les événement, comme la manifestation d'un temps. Que cette manifestation ait eu lieu par la prose et par l'édition n'est qu'un détail.

J'ai découvert Louis-Ferdinand Céline à Shanghai. C'était après que le prix Goncourt, qui lui paraissait destiné, eut été donné à un autre. Cela fit, paraît-il, un beau tumulte, mais en Chine les querelles du restaurant Drouant et du café des Deux-Magots avaient peu d'écho; aussi est-ce tout à fait par hasard que j'achetai, à la librairie française de l'avenue Joffre, le Voyage au bout de la nuit.

Rentré chez moi, et avant de sortir pour dîner, je commençai à feuilleter l'énorme bouquin. J'avais rendez-vous avec des amis, ils purent m'attendre longtemps! Une heure après avoir ouvert le Voyage, sans même pouvoir détacher mes yeux de la page que je lisais, je retirais ma cravate, puis, plus tard, ce fut au tour de mes souliers. Enfin l'aube survint, j'entendis les premiers appels des marchands ambulants, des mendiants, du barbier des rues, et je me découvris soudain gelé, affamé, mais à la dernière page du livre, et comme ivre.

Je ne crois pas qu'on puisse avoir d'une autre façon la révélation de Céline. Peu importe que ce soit à Shanghai, ou à Paris, ou n'importe où, mais, avec le recul du temps, terminant cette nuit-même son dernier ouvrage, Guignol's Band, je comprends pourquoi le coup qu'il nous portait, voici quinze ans, fut si rude et si magnifique, et c'est bien le mot de "révélation" qui convient.
- Des personnages comme ceux-là, disent à propos des héros de Céline les gens qui ne l'aiment pas, ça n'existe pas!
Mais si! Mais si, il existe, cet univers qui fait penser par instants aux Péchés Capitaux de Jérôme Bosch où des déments satisfaits d'eux-même et des idiotes lascives cavalcadent sur des chevaux obscènes. Il est là sous nos yeux, cet univers; nous n'avions pas su le voir et Céline nous découvre sans artifice que nous en faisons partie et que nous avons avec ceux qui s'y ébrouent une abominable fraternité.

C'est là, justement, qu'il échappe à la littérature comme à la politique. Il est un reflet. Plus tard, les historiens devront lire Céline non point pour y trouver une peinture exacte de l'époque, mais pour saisir quel fut son esprit, ce que fut sa détresse, cette détresse qui est intolérable à Céline, et qui le poursuit si fort qu'il ne peut s'en détacher et que nous retrouvons dans Guignol's Band - dont l'intrigue importe peu! - l'écho de sa furieuse pitié pour les hommes de son pays et de son temps.

"On serait né fils d'un riche planteur à Cuba Havane, par exemple, tout se serait passé bien gentiment; mais on est venu chez des gougnafes, dans un coin pourri sur toutes parts; alors il faut pâtir pour la caste et c'est l'injustice qui vous broie, la maladie de la mite baveuse qui fait vantarder les pauvres gens après leurs bévues, leurs cagneries, leurs tares pustulentes d'infernaux, que d'écouter, c'est à vomir tellement qu'ils sont bas et tenaces! Mois après mois, c'est sa nature, le paumé gratis il expie, sur le chevalet Pro Deo, sa naissance infâme, ligoté bien étroitement avec son livret matricule, son bulletin de vote, sa face d'enflure."

Je détache ces lignes de Guignol's Band paru aujourd'hui, en 1944, mais elles figureraient aussi bien dans le Voyage, dans Mort à Crédit ou dans Bagatelles pour un Massacre, publiés bien avant la consécration de notre misère. On y trouve la même âme généreuse et enragée que dans un autre ouvrage de Céline, beaucoup moins connu, qui fut, je crois, sa thèse en médecine, sur Semmelweis - Semmelweis, un des pionniers de l'antisepsie et qui mourut fou, ruiné, déshonoré pour avoir sauvé de la fièvre puerpérale des femmes en couches. Le style de Céline est, là, celui qui convient à une thèse de doctorat, mais la haine de la bêtise, de l'égoïsme, de la veulerie y éclate à chaque ligne. Cette haine, il l'éprouve, avec le même instinct, pour ce qui est conventionnel et creux, et cela se traduit, dans Guignol's Band, par un récit où le déchaînement verbal arrive, en certains passages - curieux paradoxe! - à une saisissante concision. Il y a quelques lignes pour nous décrire des quartiers pauvres de Londres et qui n'ont d'égales nulle part. Elles m'ont fait penser à cette petite prostituée famélique à laquelle Thomas de Quincey donna rendez-vous et qu'il ne retrouva jamais. Je la voyais, se croyant oubliée alors qu'on la cherche avec désespoir, et attendant vainement au coin d'une de ces uniformes rues de suie, de trottoirs sans fin et de brouillard. On entend, venant d'un pub voisin, l'écho du piano mécanique délabré où les arsouilles imaginés par Céline glissent des shillings gagnés par leurs femmes...

Mais alors? dira-t-on, en voilà bien, en voilà tout de même, de la littérature?

Non. C'est autre chose. Sans doute Guignol's Band peut bien être étiqueté "roman", puisque c'est une histoire qu'on nous raconte; mais, dans le Londres de ce roman comme partout où nous a promenés Céline, l'humanité la plus épouvantable éveille en nous, dans ses pires excès, de trop troublantes et trop précises résonances. Nous nous y reconnaissons dans des circonstances trop affreuses, redoutablement proches ou possibles.

Beaucoup de gens, convenons-en, n'apprécient pas ce genre de découvertes. Ils se croyaient généreux, beaux, intelligents, et Céline vient les convaincre qu'ils gisent au fond d'une bauge. Il n'y peut rien. Sans sa pitié et sa clairvoyance il serait sans doute un grand romancier; cependant, c'est plus fort que lui, il est Céline et Céline n'est pas l'homme des temps heureux.

Les temps heureux n'ont pas de Céline.

La Gerbe, du 27 Avril 1944.

lundi 14 septembre 2009

Le Petit Célinien n°18

Le dernier numéro du Petit Célinien à télécharger :

Le Petit Célinien n°18 - Semaine du 14 septembre 2009.

Au sommaire :
- Céline à Londres (I)
- "Expression célinienne" par F. Perronnet
- Céline et le hibou
- Le symbolisme du hibou
- Marc Stéphane, précurseur de LF Céline ?
- Petites annonces
- Lectures

jeudi 10 septembre 2009

Le gorille de Brassens inspiré par Céline ?

Un lecteur nous soumet l'hypothèse intéressante suivante :

Je viens d'écouter une interview de Georges Brassens du 19.03.67 par Michel Pollack ou le chanteur dit tout le bien qu'il pense de Celine et précise qu'il a lu de nombreuses fois notamment Voyage au bout de la nuit autour de ses 20 ans.
Je me demande si sa chanson de 1953 "gare au gorille" n'a pas été influencée par la phrase de Céline dans Voyage page 118 de l'édition folio : "
ça valait un viol par gorille" en parlant des femmes à bord du bateau lors de son voyage vers l'Afrique.
Je laisse cette idée à votre réflexion.


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mercredi 9 septembre 2009

Louis-Ferdinand Céline par José Corréa - Tirage grand papier - 100 exemplaires

Céline, aucune illusion de José Corréa, recueil de 13 dessins inspiré de la vie et l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline. Un tirage Grand papier tiré à 100 exemplaires, signés et numéroté par José Correa, sur Vélin BFK Rives 270 gr. est désormais disponible :

www.alainbeaulet.com

mardi 8 septembre 2009

Décès de Louis-Albert Zbinden

20min.ch, 8/9/2009 : L'écrivain et journaliste neuchâtelois Louis-Albert Zbinden s'est éteint à Paris à l'âge de 86 ans. Après des études à Genève, il a travaillé à la Radio suisse romande (RSR) dès 1947. Ce dramaturge et poète a signé plusieurs romans ainsi que des nouvelles. Le décès a été annoncé par le «Quotidien jurassien» dans son édition de mardi. Se qualifiant de Jurassien neuchâtelois, Louis- Albert Zbinden fut correspondant à Paris de plusieurs organes de presse.

Il a réalisé pour la RSR maintes émissions littéraires, en particulier avec l'écrivain Louis-Ferdinand Céline. Ses auditeurs appréciaient beaucoup ses chroniques «Le regard et la parole» diffusées de 1977 et 1986, le samedi matin. Il y commentait avec verve des faits d'actualité.

Il laisse une vingtaine d'ouvrages. Ce sont par exemple le recueil de poésie «Les yeux ouverts» paru en 1956, les romans «L'emposieu» (1981), «L'orgue de Barbarie» (1988) et «Le Pollen de Satan» (1992) ainsi que des nouvelles réunies sous le titre «Marie Casamance, suite jurassienne» en 1995. Atteint dans sa santé depuis quelques années, Louis-Albert Zbinden était très affecté depuis quelques mois par le décès de sa troisième épouse, indique le journal. Il sera enterré à Paris.






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